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Section
Béarn-Soule

Photographie du dernier reportage des figures

Dans l'intimité de son appartement au huitième étage avec vue panoramique sur la ville de Pau et les Pyrénées, Michèle Salvat raconte avec émotion le déroulement des événements tragiques auxquels elle a été confrontée il y a 56 ans à Oran.
Elle avait 34 ans et était professeur de Lettres et de Philosophie à l'institution Sainte Jeanne d'Arc des soeurs Trinitaires depuis plus de 10 ans. Le gouvernement français avait donné l'ordre de ne pas intervenir pendant le transfert du pouvoir au FLN, suite aux funestes accords d'Evian accordant l'indépendance à l'Algérie.
Or l'ALN de l'extérieur, le FLN ultra et des éléments incontrôlés d'origine autochtone des guerriers de la dernière heure, équipés de pistolets et de couteaux, firent régner la terreur, en particulier le 5 juillet 1962. Les enlèvements et les assassinats de civils européens et de musulmans avaient déjà commencé depuis mars.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Oran )
On peut dire sans contestation possible qu'une véritable chasse à « l'Homme » s'est déclenchée avec enlèvements, assassinats, fusillades de masse. La folie meurtrière s'empara des protagonistes. C'était le massacre.
Le général Katz qui commandait la place mis au courant des événements refusa de faire intervenir la troupe nombreuse et fit respecter, à la lettre, les ordres confus et indignes du gouvernement Il fut d'ailleurs surnommé le « boucher d'Oran ». Seul un jeune officier, le lieutenant Rabah Kheliff , désobéissant, intervint avec son unité de chasseurs du 30e BCP pour tenter d'empêcher les enlèvements et les meurtres et faire libérer des otages.
Devant la tourmente et avertis in-extremis du carnage et des dangers encourus, quelques personnalités tentèrent de sauver leurs vies et celles de leurs compatriotes. Michèle Salvat fut de celles-là.
Avec sa voiture elle réussit, à la nuit tombée, à traverser une ville déserte et meurtrie, à gagner l'Institution des soeurs où le personnel était resté sans protection toute la journée. Elle prit alors les dispositions nécessaires pour mettre à l'abri, en attendant que les événements se calment, avec sa voiture tous ceux qui risquaient la mort en s'aventurant hors de l'enceinte.
Il fallut qu'elle vît ce monstrueux ménage,
Et les gibets poussant comme des champignons,
Et le mur et le toit et l'angle des pignons
Tout dégoûtant du meurtre et du sang du carnage
Il y eut en quelques jours dans le grand Oran environ 1 000 morts et disparus européens et une centaine d'origine musulmane. Suite à ce massacre la population européenne sans protection ne crut plus en son destin en Algérie et l'exode qui avait déjà commencé se poursuivit avec une intensité croissante et un caractère définitif. Michèle Salvat avait d'ailleurs contribué grandement à faciliter ces départs. En effet, pendant la période précédant le 5 juillet, elle avait parcouru plus de 2 000 kilomètres avec sa voiture, entre Oran et l'aéroport de la Sénia, qui accueillera jusqu'à 3 000 personnes. Il lui arrivait de transporter jusqu'à neuf personnes en une seule fois. Une grande partie des habitants ne supportait plus le danger quotidien et la plupart n'avaient pas de moyens de transport. En octobre 1962, il ne restera plus en Algérie que deux cent mille pieds-noirs. Michèle Salvat en fît partie et elle restera au Lycée Français jusqu'en 1974. Se côtoieront dans sa classe jusqu'à 14 nationalités.
C'est à Nay qu'elle poursuivra sa longue carrière de professeur. La Patrie enfin reconnaissante lui décernera les Palmes Académiques. Puis la retraite venue elle s'installera à Pau. Mais ses qualités humaines ne lui permettront pas de rester inactive. Elle a besoin de « Servir ». Donc elle sera, de nombreuses années, Présidente du « Secours catholique » et ensuite de « Béarn Solidarité ».
Son engagement sans faille lui vaudra d'être décorée de la Légion d'honneur en 2002.
C'est tout naturellement qu'elle rejoint nos rangs à la Section Béarn-Soule de la Société des Membres de la Légion d'honneur, pour s'investir complètement comme déléguée de quartier au sein du comité de Pau. « En même temps » pendant 16 ans, de 2002 à 2018, elle préside la commission entraide et solidarité de la section. Pendant cette période, elle a gratifié la section de conférences littéraires qui à chaque fois ont enchanté l'auditoire. Elle n'a jamais baissé les bras et a bien mérité de se reposer, à 90 ans on ne peut lui en faire grief !
Elle va nous quitter pour vivre à Lyon, au sein de la communauté de ses soeurs Trinitaires où elle a des amies. Elle y fera retraite et y vivra selon ses désirs les plus chers dans une communauté de prière de charité, d'amour et de don de soi.
C'est avec beaucoup d'émotions « Michèle » que nous vous disons « Merci » de nous avoir acceptés comme vos compagnons Légionnaires.
Sage comme une aïeule en sa tendre jeunesse,
Cadette ayant conquis le plus beau droit d'ainesse,
Grave et les yeux plus clairs que d'une chanoinesse,
Nota : les strophes des poèmes en citation sont tirées des « Tapisseries » de Charles Péguy dont Michèle est une grande admiratrice.


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