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Section
Béarn-Soule

Christian DESPLAT
Vice-président d'honneur de la Section Béarn-Soule
Discours prononcé lors de l'Assemblée annuelle du 24
mars 2018 au Parlement de Navarre
Onze novembre 1918 : il y a un siècle, entre 2h15 et 5h, les plénipotentiaires allemands signèrent, en présence du Maréchal Foch,
les termes d'un armistice lu par le général Weygand. Il imposait une suspension des combats de 36 jours, l'arrêt des hostilités ayant lieu à 11h, heure française. Cette suspension fut renouvelée jusqu'en 1919. Le soulagement fut immense dans toute l'Europe, joie mêlée d'amertume pour les vaincus qui ont dû accepter de très dures conditions, une joie bientôt suivie du recueillement et du deuil chez les vainqueurs. La Conférence de Versailles établit les conditions du traité de paix entre le 18 janvier 1919 et août 1920. Des traités particuliers furent signés entre 1919 et 1923 à Trianon avec la Hongrie, à Neuilly avec la Bulgarie, à Saint-Germain-en-Laye avec l'Autriche, à Sèvres et à Lausanne avec la Turquie. Les canons s'étaient enfin tus, la paix tant attendue était signée, l'humiliation de 1870 effacée, pour des millions de soldats, la Grande Guerre serait « la Der des Der ». En réalité cette paix inachevée, était une paix perdue. Les causes de l'échec étaient nombreuses. Pour le Maréchal Foch qui avait souhaité poursuivre l'ennemi jusqu'à Berlin, la première faille du traité fut de laisser croire à l'opinion allemande et à son armée que le II Reich n‘avait pas été vaincu, mais trahi de l'intérieur par une coalition de partis politiques, du centre droit aux communistes, qui avaient destitué l'Empereur et exigé la paix. Le mythe du « coup de poignard dans le dos » devait alimenter le ressentiment contre le « diktat » de Versailles. La suite est connue : le 11 novembre l'Europe n'était pas entrée dans une durable période paix, mais dans une nouvelle Guerre de Trente Ans qui s'acheva le 8 mai 1945. Devant l'effroyable bilan humain, plus de dix millions de morts, dont 1 393 515 français et 1 827 187 allemands, devant le spectacle de villes ravagées, de villages rasés à tout jamais, d'oeuvres d'art anéanties, Paul Valéry pouvait écrire : « Nous aussi civilisations nous savons aujourd'hui que nous sommes mortelles ». Les plus lourdes conséquences de ce désastre, dans le long terme, furent culturelles. Cinq années de combat avaient forgé une culture de guerre, de brutalisassions qui contaminèrent autant la société civile que les combattants. Elles engendrèrent des utopies mortifères, noires, brunes ou rouges, celle d'un « homme nouveau », elles suscitèrent des conflits ethniques et un racisme d'une cruauté sans précédent. La dernière année de la Grande Guerre portait en elle ces fléaux. Lorsque les alliés découvrirent l'état des populations et des territoires occupés, les déportations massives, les incarcérations, les exécutions d'otages, les destructions sans objectifs militaires, les maisons souillées, les églises profanées, ils mesurèrent la réalité de la « barbarie » allemande. Les exactions de l'armée en retraite furent telles que le généralissime allié fit savoir que des représailles seraient appliquées. Jusqu'au dernier jour, les combats furent parmi les plus meurtriers de toute la guerre et les pertes furent encore alourdies par l'épidémie de grippe espagnole qui ravagea l'Europe. A la suite de l'échec de l'offensive française du Chemin des Dames, le commandement allemand mit à profit la révolution russe pour accroître ses forces à l'Ouest les transferts furent toutefois limités pour conserver la Pologne et une partie de l'Ukraine. Les « Dioscures », surnoms donnés à Hindenburg et à Ludendorff, préparèrent une offensive qui devait soit percer le front français, soit affaiblir et diviser les Alliés pour les amener à traiter à des
conditions favorables à l'Allemagne. Depuis le 17 juin 1918, le général Pétain, commandant en chef des armées françaises avait rétabli la discipline et le moral des troupes mais il avait aussi adopté une attitude attentiste : « J'attends les Américains et les tanks ». Le 15 juillet 1918 entre 4h15 et 5h30, sur un front d'environ cent kilomètres, 52divisions allemandes s'élancèrent contre 32 divisions alliées, la seconde bataille de la Marne commençait. A L'Est de Reims, l'assaut fut contenu, mais à l'Ouest la VIIème armée allemande passait la Marne et un saillant de quinze kilomètres était ouvert dans le front français. Du front où la troupe se rendait en masse, la panique gagna Paris. Depuis les accords de Doullens du 26 mars, Foch avait été nommé généralissime : son esprit offensif, la concentration de 356 chars Renault, plus légers, plus mobiles, la détermination de Clémenceau, le sursaut des Poilus, l'intervention de la 3ème Division US changèrent le cours de la bataille. La progression allemande est stoppée par le général Mitry, officier aux conceptions originales, dès le 17 juillet. Le lendemain, la contre-offensive est lancée sous les ordres du général Mangin, quatorze divisions alliées sont venues renforcer le front. Les Allemands doivent battre en retraite sur l'Aisne. Le 6 août, Foch est honoré du titre de Maréchal de France le 8, Ludendorff reconnaissait son échec et il écrivait : « Le 8 août est le jour deuil de l'armée allemande ». La poursuite commence, elle ne s'arrêtera que dans la clairière de Rethondes le 11 novembre et la signature de l'armistice.4 Mais le coup fatal fut porté à la Quadruple alliance là où on l'attendait le moins et où avait commencé la guerre : dans les Balkans. Excédé par l'immobilisme, les mauvaises relations qu'il entretenait avec les alliés, Clémenceau se décida enfin à démettre de ses fonctions le général Sarrail, « le jardinier de Salonique », remplacé par le général Guillaumat qui réorganise l'armée d'Orient et met en place des réseaux routiers et ferroviaires. Lorsqu'il quitte l'armée d'Orient en juin 1918, elle a retrouvé son moral et compte 600 000 hommes dont 180 000 français. Son successeur, Franchet d'Esperey conserve l'excellent état-major et les dispositions prises par son prédécesseur. Au terme d'une préparation minutieuse il lance une offensive destinée à couper les lignes de communications germano-bulgares sur le Vardar et la Cerna. Sur un terrain très difficile, des montagnes élevées, des marécages, sans aucune réserves locales, l'adversaire résiste pied à pied. Le commandement autorise alors la colonne du colonel Jouinot-Gambetta à lancer ses cavaliers, le 3ème Régiment de cavalerie d'Afrique et quelques automitrailleuses, à entreprendre la dernière chevauchée de l'histoire militaire de l'armée française. Épuisés, hommes et chevaux parviennent à Uskub le 23 septembre et enlèvent de haute lutte la ville et ses immenses approvisionnements. Le résultat stratégique et tactique est à la hauteur de l'audace de ces hardis cavaliers. La XI Armée allemande est neutralisée, l'armée bulgare en déroute. Le 28 septembre les Bulgares signent un armistice qui écarte désormais toute intervention turque, qui provoque la fin de l'Empire ottoman et la désagrégation du front austro-hongrois. Les Alliés n'ont pas apprécié à sa juste valeur la victoire de l'armée d'Orient. Il est légitime, un siècle après, de lui rendre hommage. Ludendorff ne s'y était pas trompé et écrivit : « Le 8 août 1918 est le jour de deuil de l'armée allemande dans cette guerre. Je ne vécus pas d'heures plus pénibles, sauf à l'époque des évènements qui se déroulèrent sur le front bulgare et qui scellèrent le destin de la Quadruple alliance ».
C. Desplat.


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