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Section
Béarn-Soule


Pau, le 15 décembre 2018
Comité de Pau
Le Président

Chers amies et amis sociétaires,
Depuis le mois de mars, j'ai l'honneur d'assumer les fonctions de président du Comité de Pau de la SMLH, votre comité. Au terme de cette année 2018, je ne vais pas vous présenter un bilan, ce sera chose faite lors de notre assemblée annuelle qui se tiendra le jeudi 7 février 2019 à Sévignacq-Thèze, mais vous faire part de deux remarques.
La première est relative à la participation à nos activités. Seuls des ennuis de santé devraient vous empêcher de participer à l'une d'entre elles. Spécifiquement organisées pour vous, elles vous permettront peut-être de faire la connaissance qu'inconsciemment vous attendez et qui pourrait éclairer votre existence. La solidarité que je souhaite active au sein du comité doit renforcer le lien qui nous unit, la Légion d'honneur. La pratique du covoiturage est un exemple parmi d'autres. N'hésitez donc pas à vous ouvrir auprès de votre délégué. Il fera le nécessaire pour trouver une solution. En conséquence, mon premier voeu pour 2019 est que nous nous connaissions un peu mieux dans la bonne humeur et la convivialité grâce à l'augmentation du nombre de participants à nos rencontres. Ainsi, je vous attends nombreux pour notre traditionnelle galette, le jeudi 10 janvier 2019 à 16 heures, au « Bistroparc » à Pau.
La seconde remarque concerne l'engagement personnel. Sur quelque 350 membres que compte le comité, seuls 13 % d'entre nous donnons un peu de notre temps, par exemple, pour ceux qui sont les plus âgés, en difficulté ou pour les jeunes en recherche d'orientation. Bien sûr, cette liste n'est pas exhaustive. Beaucoup ont besoin de notre aide ! J'ai lancé un certain nombre d'appels à volontaires sans grand succès jusqu'à présent. Mais, je ne désespère pas. Ainsi je formule un deuxième voeu, voir l'augmentation de ce pourcentage, pourquoi pas à concurrence de 15 %, soit 5 à 7 personnes de plus. Rêvons un peu !
Enfin, je forme le voeu que cette nouvelle année s'ouvre sous de meilleurs auspices que ceux vécus en cette fin 2018 où notre République a été outragée et où nos symboles forts, toujours vénérés depuis presqu'un siècle, ont été honteusement profanés. Que 2019 vous soit douce et heureuse. Qu'elle voit les maux de certains s'adoucir et les difficultés des autres épargnées. Que le bonheur soit au rendez-vous dans vos coeurs et dans ceux de vos proches !
Avec toute mon amitié.
Général (2S) Bernard DIDIER

Hommage à Madame Salvat à l'occasion de son futur départ.

Dans l'intimité de son appartement au huitième étage avec vue panoramique sur la ville de Pau et les Pyrénées, Michèle Salvat raconte avec émotion le déroulement des événements tragiques auxquels elle a été confrontée il y a 56 ans à Oran.

Elle avait 34 ans et était professeur de Lettres et de Philosophie à l'institution Sainte Jeanne d'Arc des soeurs Trinitaires depuis plus de 10 ans. Le gouvernement français avait donné l'ordre de ne pas intervenir pendant le transfert du pouvoir au FLN, suite aux funestes accords d'Evian accordant l'indépendance à l'Algérie.
Or l'ALN de l'extérieur, le FLN ultra et des éléments incontrôlés d'origine autochtone des guerriers de la dernière heure, équipés de pistolets et de couteaux, firent régner la terreur, en particulier le 5 juillet 1962. Les enlèvements et les assassinats de civils européens et de musulmans avaient déjà commencés depuis mars.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Oran )
On peut dire sans contestation possible qu'une véritable chasse à « l'Homme » s'est déclenchée avec enlèvements, assassinats, fusillades de masse. La folie meurtrière s'empara des protagonistes. C'était le massacre.
Le général Katz qui commandait la place mis au courant des événements refusa de faire intervenir la troupe nombreuse et fit respecter, à la lettre, les ordres confus et indignes du gouvernement Il fut d'ailleurs surnommé le « boucher d'Oran ». Seul un jeune officier, le lieutenant Rabah Kheliff , désobéissant, intervint avec son unité de chasseurs du 30e BCP pour tenter d'empêcher les enlèvements et les meurtres et faire libérer des otages.
Devant la tourmente et avertis in-extremis du carnage et des dangers encourus, quelques personnalités tentèrent de sauver leurs vies et celles de leurs compatriotes. Michèle Salvat fut de celles-là.
Avec sa voiture elle réussit, à la nuit tombée, à traverser une ville déserte et meurtrie, à gagner l'Institution des soeurs où le personnel était resté sans protection toute la journée. Elle prit alors les dispositions nécessaires pour mettre à l'abri, en attendant que les événements se calment, avec sa voiture tous ceux qui risquaient la mort en s'aventurant hors de l'enceinte.

Il fallut qu'elle vît ce monstrueux ménage,
Et les gibets poussant comme des champignons,
Et le mur et le toit et l'angle des pignons
Tout dégoûtant du meurtre et du sang du carnage

Il y eut en quelques jours dans le grand Oran environ 1 000 morts et disparus européens et une centaine d'origine musulmane. Suite à ce massacre la population européenne sans protection ne crut plus en son destin en Algérie et l'exode qui avait déjà commencé se poursuivit avec une intensité croissante et un caractère définitif. Michèle Salvat avait d'ailleurs contribué grandement à faciliter ces départs. En effet, pendant la période précédant le 5 juillet, elle avait parcouru plus de 2 000 kilomètres avec sa voiture, entre Oran et l'aéroport de la Sénia, qui accueillera jusqu'à 3 000 personnes. Il lui arrivait de transporter jusqu'à neuf personnes en une seule fois. Une grande partie des habitants ne supportait plus le danger quotidien et la plupart n'avaient pas de moyens de transport. En octobre 1962, il ne restera plus en Algérie que deux cent mille pieds-noirs. Michèle Salvat en fît partie et elle restera au Lycée Français jusqu'en 1974. Se côtoieront dans sa classe jusqu'à 14 nationalités.

C'est à Nay qu'elle poursuivra sa longue carrière de professeur. La Patrie enfin reconnaissante lui décernera les Palmes Académiques. Puis la retraite venue elle s'installera à Pau. Mais ses qualités humaines ne lui permettront pas de rester inactive. Elle a besoin de « Servir ». Donc elle sera, de nombreuses années, Présidente du « Secours catholique » et ensuite de « Béarn Solidarité ».
Son engagement sans faille lui vaudra d'être décorée de la Légion d'honneur en 2002.

C'est tout naturellement qu'elle rejoint nos rangs à la Section Béarn-Soule de la Société des Membres de la Légion d'honneur, pour s'investir complètement comme déléguée de quartier au sein du comité de Pau. « En même temps » pendant 16 ans, de 2002 à 2018, elle préside la commission entraide et solidarité de la section. Pendant cette période, elle a gratifié la section de conférences littéraires qui à chaque fois ont enchanté l'auditoire. Elle n'a jamais baissé les bras et a bien mérité de se reposer, à 90 ans on ne peut lui en faire grief !
Elle va nous quitter pour vivre à Lyon, au sein de la communauté de ses soeurs Trinitaires où elle a des amies. Elle y fera retraite et y vivra selon ses désirs les plus chers dans une communauté de prière de charité, d'amour et de don de soi.

C'est avec beaucoup d'émotions « Michèle » que nous vous disons « Merci » de nous avoir acceptés comme vos compagnons Légionnaires.

Sage comme une aïeule en sa tendre jeunesse,
Cadette ayant conquis le plus beau droit d'ainesse,
Grave et les yeux plus clairs que d'une chanoinesse,

Nota : les strophes des poèmes en citation sont tirées des « Tapisseries » de Charles Péguy dont Michèle est une grande admiratrice.


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